Energétique Traditionnelle Chinoise

jeudi 23 septembre 2010

Le mystère de la beauté

Sadhu. Photo Flickr_@catherine@

"La beauté est bien plus que ce qui est agréable à l’œil humain. C’est une expérience du cœur, de l’esprit et de l’âme. La beauté est toujours présente dans toutes choses. On peut la découvrir même dans les endroits où nous croyons qu’elle ne pourrait jamais exister… Nous créons chacun notre propre standard, à partir duquel nous mesurons la beauté dans notre vie. La question est celle-ci : quels sont vos critères de beauté ?

La beauté vit là où nous lui permettons de le faire !
Au début, c’était à peine évident. Je me tenais avec notre groupe dans une grande place ouverte du quartier historique de Katmandou, et je m’étais habitué aux secousses et aux coups de coude, qui sont le lot du temps passé dans les espaces exigus des voyages en groupe. Pour permettre à notre corps de s’habituer aux hauts plateaux du Tibet, nous avions prévu une halte de 48 heures au Népal. En plus de nous préparer pour le Plateau tibétain, cette halte nous donnait le temps de nous plonger dans les traditions qui entourent les plus anciens temples hindous. J’aurais facilement pu ignorer la petite saccade que j’ai sentie dans le pli du tissu de coton de mes pantalons de randonnée. Mais la saccade était tellement mesurée que je n’ai pu l’ignorer.
D’instinct, j’ai baissé les yeux vers la source de la distraction. Je n’étais pas préparé à ce que j’ai vu. J’ai croisé le regard intense d’un homme à la barbe dégarnie, dont le visage s’élevait à peine à la hauteur de mes genoux. Il paraissait à la fois vieux et sans âge, alors que le vent chaud ondulait à travers les longues mèches de cheveux enchevêtrés qui se mêlaient aux brins argentés da sa barbe. La cendre blanche qui recouvre traditionnellement le corps d’un saint homme hindou collait par plaques à la moiteur de sa peau. Dessous, il y avait un corps noirci, cicatrisé et déformé, devenu encore plus foncé à cause des années d’exposition au soleil ardent des hautes altitudes. Il m’a fallu un moment pour trouver un sens à ce que voyaient mes yeux. Alors que, du regard, je cherchais ses jambes, sous sa taille, à l’endroit où elles auraient dû se trouver, tout ce que j’ai vu, c’était le pli mou d’un pagne cascadant vers le sol plus bas. Au lieu de ses jambes, il y avait une petite planche avec des roulettes accrochées en dessous. Tachée par des années d’utilisation, la planche à roulettes semblait être son seul moyen de locomotion. Stupéfait, j’ai reculé. Sans cesser de me regarder, l’homme a lentement posé ses deux paumes sur le sol, a maintenu son équilibre sur la planche et s’est habilement poussé dans ma direction. J’ai levé les yeux pour voir si quelqu’un avait remarqué ce que je voyais. Ceux qui m’entouraient paraissaient absolument inconscients de ce qui se passait sur le sol, à leurs pieds !
Durant notre voyage, l’immense pauvreté de l’endroit était devenue un spectacle habituel et j’ai immédiatement supposé que l’homme était un « mendiant » qui me demandait l’aumône. Comme je cherchais quelque chose dans ma poche pour le lui offrir, l’homme s’est retourné et a pointé le profil du toit d’un ancien temple au-dessus du square. Suivant son geste, je me suis retrouvé à fixer la merveilleuse façade de bois d’un ancien temple hindou. Il était en partie caché derrière d’autres édifices et complètement recouvert par les figurines très élaborées de milliers de dieux et de déesses de la tradition indoue. Si l’homme cendré ne l’avait pas pointé, je l’aurais complètement manqué. Comme je l’ai appris plus tard, ce temple possédait une clef importante pour mieux comprendre la foi hindoue.
Quand je lui ai tendu les billets, il a agité ses mains avec désinvolture comme s’il chassait une mouche, gesticulant vers moi pour que je remette mon argent dans ma poche – il n’était pas intéressé à mon argent ! Je me suis retourné brièvement, le temps d’attraper notre traducteur qui dirigeait le groupe dans une autre direction. Quand j’ai regardé de nouveau, l’homme à la planche à roulettes avait disparu. Cherchant dans la foule, devant moi, je l’ai aperçu rapidement alors qu’il se frayait un chemin sur le pavé chaud et cailloutis, à travers la masse de touristes. Je ne l’ai jamais revu.
Je raconte cette histoire pour illustrer un point précis. Parce que l’homme semblait si différent de moi, je l’avais jugé sur ce qu’il était. De son corps noueux et hâlé, c’est la beauté de son esprit qui m’a frappé, ce jour-là. Plutôt que de vouloir que je lui offre une aumône, il voulait tout simplement partager quelque chose avec moi. Il m’avait montré une partie de son monde que je n’aurais jamais remarquée autrement, et ce faisant, il m’a donné une leçon sur mon propre jugement. Il a aussi prouvé que la beauté ne pouvait nous apparaître que si nous le lui permettions."
(Gregg Braden, Secrets de l'Art Perdu de la Prière)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire